Fiche technique
- Titre : Personnages abstraits
- Date : 1962
- Technique : Pastel
- Dimensions : 49x65
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1962, Breuillaud se situe dans une phase où la figure n’est plus envisagée comme corps descriptif, mais comme présence : une architecture de signes et de tensions internes. Le médium du pastel favorise ici une écriture de l’instant et de la modulation : frottis, effacements, reprises, qui permettent d’installer des formes-frontières entre apparition et dissolution. Le titre Personnages abstraits indique explicitement ce statut intermédiaire : “personnages” par posture et relation, “abstraits” par perte des attributs narratifs.
Description plastique / stylistique
Constat objectif Sujet / motif : deux (ou plusieurs) présences verticales suggérées, comme des corps simplifiés, enchâssés dans un grand champ ovoïde/rectangulaire aux bords arrondis. Support / format : format horizontal ; champ central “encadré” par une zone plus claire, comme une réserve périphérique. Palette dominante : jaunes ocres et beiges (fond et réserves) ; verts grisés/bleu-vert (masses internes) ; noirs/bleu-noir (lignes et creusements) ; quelques accents orangés. Valeurs / contraste : contrastes modérés mais structurants : la figure se détache moins par valeur que par contour sombre et par densité de matière ; les réserves claires stabilisent l’ensemble. Construction : composition en “cavités” et compartiments : les masses colorées sont découpées par un réseau de lignes sombres, comme des cloisons ; deux verticalités centrales organisent la scène, avec une impression de face-à-face ou de proximité. Matière / geste : pastel posé en frottis et superpositions ; zones d’effacement laissant apparaître des fonds ; tracés appuyés (noirs) qui scandent la surface ; passages poudrés et granuleux. Lecture plastique / stylistique Le pastel fonctionne comme une peau : la forme émerge par densification, puis se dissout en transparences. Les “personnages” sont des structures : torses, épaules ou têtes ne sont pas dessinés anatomiquement, mais évoqués par des volumes imbriqués et des lignes d’articulation. L’espace est compressé : il n’y a pas de perspective, mais une cohabitation de présences dans un même champ fermé, comme
Analyse comparative / corpus voisin
Parentés (traits) : continuité avec un vocabulaire post-MP3 où le vivant est traduit en organismes et membranes : contours charbonneux, masses internes compartimentées, figure réduite à un “schéma d’être”.
Spécificités (traits) : ici, la structuration par lignes noires est particulièrement dominante et donne une sensation de cloisonnement, presque minéral ; le choix du pastel renforce l’ambivalence entre matière (poudre, frottis) et dessin (tracé net), ce qui place l’œuvre à la frontière entre étude gestuelle et composition pleinement pensée.
Justification de datation et d'attribution
La date 1962 est cohérente avec : (1) la figuration résiduelle (présences anthropomorphes) intégrée à une construction abstraite, (2) l’usage d’un réseau de lignes sombres comme armature, (3) l’espace fermé en champ unique, (4) la logique de “personnage” traité comme forme intérieure plutôt que comme scène. Le médium pastel correspond à une pratique compatible avec des recherches de variations rapides, de densité et d’effacement.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
