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Personnages (1962)

AB-62A-1962-002 Personnages

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1962, Breuillaud se trouve dans une phase charnière : la fin du cycle MP2 (1958–1961) laisse place aux premières émergences d’une figuration organique flottante, plus douce, moins tectonique dans ses tensions internes. Il vit encore sur l’héritage des années 1959–1961 — membranes, masses compactes, mutations internes — mais un apaisement se dessine. Le pastel devient un médium privilégié pour cette transition, offrant au peintre une respiration chromatique avant les grandes densités de 1963. L’année 1962 n’est pas encore celle des nocturnes ni des explosions rouges : on y trouve une pesée aérienne, comme si les formes cherchaient à se réorganiser avant les basculements de 1963 (séries A/B/C). Ce pastel appartient clairement à cette zone intermédiaire : une figuration en lente fusion, où le corps redevient liquide.

Description plastique / stylistique

L’œuvre présente un entrelacs de figures anthropomorphes dissoutes, étirées, parfois méconnaissables, qui émergent d’un fond bleu laiteux, presque aqueux. La palette contraste avec les rouges telluriques des années précédentes : ici, Breuillaud utilise un bleu froid, traversé de chairs rosées, orangées, qui semblent flotter dans un milieu liquide. Les lignes, typiques du pastel chez lui, sont vibrantes mais jamais agressives : elles enveloppent les formes plutôt qu’elles ne les découpent. Les visages, parfois réduits à une paire d’yeux ou à des silhouettes embryonnaires, demeurent légers, opalescents. On note : la dilution des corps en structures molles, presque amniotiques, une absence de centre hiérarchique : la composition est circulaire, respirante, un modelé très doux, sans les craquelures ni les textures épaisses de l’huile, une clarté rare pour cette période, prélude à certaines œuvres “diaphanes” de 1963. L’ensemble forme une grande nappe de vie, avec des remontées de formes à peine stabilisées. Personnages (1962) est une œuvre de transition capitale : elle capte un moment où la figure, encore humaine, commence à se dissoudre pour devenir “organique”. C’est la dernière grande phase de douceur avant les basculements de 1963. Elle consolide parfaitement la cohérence du segment 62A : → anthropomorphes dissous / fusion douce.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre se situe nettement : entre les derniers MP2 (1961), encore très compacts et sombres, et les premiers 1963-A, où apparaissent déjà les “figures-membranes” plus tranchées, souvent en techniques sèches ou mixtes. Comparaisons pertinentes : Proche des pastels légers 1959–1960, mais avec une fluidité nouvelle dans l’agencement. Préfigure directement les formes blanches et bleues de 1963-A (ex. Le monstre I, Le monstre II), mais sans leur violence interne. S’inscrit dans la série de “figurations dissolues” où Breuillaud explore la limite entre corps et environnement. Dans le corpus global, cette pièce occupe une position singulière : → elle annonce la mutation, mais sans la tension dramatique qui marquera 1963. C’est une œuvre-pont, rare dans sa douceur.

Justification de datation et d'attribution

Les éléments déterminants déjà notés : palette pastel bleu/rose typique des travaux de transition 1962, absence de noir structurant (caractéristique du MP3 de 1965), technique au pastel (quasi abandonnée après 1962 au profit de l’huile et des encres), composition en “amas doux”, encore éloignée des verticalités 1963–64. Tout concorde avec une datation 1962, segment 62A (“réorganisation interne douce”).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud