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Danse du feu (1962)

AB-62A-1962-001 Danse du feu

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Au tout début des années 1960, Breuillaud sort progressivement des compositions MP2 très structurées (1958–1961) pour entrer dans une phase de transition où la couleur devient l’agent principal de la mutation. L’année 1962 est marquée par des recherches nouvelles autour de : la transparence, les tensions internes atténuées, les premières nappes rouges translucides, un glissement vers des formes vibrantes mais encore inorganisées. Contrairement aux rouges telluriques plus tardifs (1964–1966), les rouges de 1962 sont plus clairs, plus diffus, moins organiques, et portent la trace d’un expérimentateur qui cherche la lumière dans la matière même. Danse de feu s’inscrit dans cette étape fondatrice : une émergence rouge, encore fragile, mais déjà animée d’une circulation interne.

Description plastique / stylistique

L’œuvre repose presque entièrement sur une nappe rouge unifiée, mais cette unité est trompeuse : les formes sont en réalité constituées de strates translucides, qui laissent apparaître : des figures ou fragments semi-dissous, des noyaux plus chauds (oranges, rouges sombres), des passages internes plus frais (vert sombre, bleu profond), visibles par transparence. La matière est minérale et fine, loin des épaisseurs texturées qui caractériseront les années 1964–66. Les formes n’ont pas encore l’aspect embryonnaire typique des MP3 : elles ressemblent davantage à des fragments de silhouettes, comme retenues dans la chaleur du pigment. Le terme Danse n’est pas anodin : on perçoit une circulation, un flux rotatif, une impression de mouvement interne alimentée par : des diagonales rouges nerveuses, un « centre » presque effacé, plusieurs zones où l’on devine des membres, des torses, ou des têtes esquissées. Le caractère translucide est totalement cohérent avec la série 62A.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre se place très clairement : avant les rouges sombres de 1963-B et 1964-C, plus lourds et plus figuratifs, après la densité MP2 (1958–61), encore géométrique et sombre. Points de comparaison internes : Proximité avec les premières « nappes rouges » de 1962, rarissimes dans l’ensemble du corpus. Absence de personnages définis, contrairement aux séries 1963-B (où les visages commencent à émerger). Plus abstraite, mais porte déjà la tension interne qui caractérisera Limbes et Masque dans l’espace (1964). Ce tableau est un jalon important : il constitue la première apparition d’un rouge incandescent, non pas comme décor mais comme agent principal de la mutation, thème qui reviendra en 1964 puis en 1966.

Justification de datation et d'attribution

Les éléments concordants (déjà établis dans les fils antérieurs) : présence d’un rouge diffus, jamais retrouvé avant 1962, absence des traits fins de 1963, absence du modelé épais de 1964–66, dimensions modestes typiques des expérimentations 1962, recherche de translucidité, unique dans le segment 62A. La datation 1962, segment 62A, est donc parfaitement confirmée. Référence image : AB-62A-1962-001.jpg Légère granulation visible sur la zone centrale (typique de la toile fine 38 × 46). Signature en bas à droite, partiellement absorbée par le rouge.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud